23/07/2014

Chapitre 3

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  Sans prévenir, la sonnerie stridente de mon téléphone résonne tout près de mes oreilles. Je manque de peu de tomber du lit en essayant de couper le son, en effet j’étais tellement entortillé dans les couvertures qu’un seul petit mouvement sur le côté et je m’effondrai. Quelle vie !

  Heureusement je parviens à sauver ma peau in extremis, et coupe la sonnerie sans même regarder de qui provient l’appel. Cela fait je pousse un énorme soupir et enfonce à nouveau mon visage dans l’oreiller, espérant ainsi retrouver le sommeil. J’y parviens, presque, parce qu’étant très fatigué je sombre à nouveau bien vite dans le sommeil… Mais ça c’était sans compter sur un nouvel appel entrant ! Le fumier, c’est qu’il insiste…  Autant en finir au plus vite dans ce cas.

  Je me passe rageusement une main dans les cheveux et m’empare du téléphone. Je décroche et lance en grognant :

-         Qu’est ce qu’il y a, bordel ?!

-         C’est Mas’… Je vois que tu es toujours aussi sympathique au réveil !

  Je me pince l’arrête du nez, ok je vais essayer d’être un peu plus aimable, s’il appel c’est qu’il a une bonne raison. Je frotte doucement mes yeux douloureu, et répond :

-         Hum… Désolé, c’est juste que je n’apprécie pas vraiment de me faire réveiller aussi tôt.

  Je l’entends ricaner bêtement à l’autre bout du fil, je veux bien être gentil cinq minutes, mais si en plus il se fou de ma gueule… ça ne va pas le faire.

-         Aussi tôt ? Tu te fous de moi ? Il est onze heures et demie !

-         Que…

   Avant de passer pour un abruti, j’écarte mon portable de mon oreille et vérifie l’heure. En effet, il n’est pas si tôt que ça. On va dire que j’ai rattrapé mon sommeil… Ouais c’est exactement ça. Je hausse les épaules, peu importe, et demande :

-         Puis-je connaitre la raison de ton appel mon cher Mas’ ?

-         Ouais. J’appel pour te rappeler  que tu as rendez-vous demain dans les studios de l’agence pour un débriefing et des essayages !

-         What ?!!

  Je me redresse rapidement en entendant ça, comme si j’étais monté sur ressorts, et laisse malencontreusement échapper un cri de pure agonie. Merde… ça m’était complètement sorti de la tête avec toute cette histoire ! Je me fou une claque mentale : « reprends-toi Ivy ! ».

  Mason poursuit comme si de rien n’était, ne me laissant pas le temps de m’apitoyer sur mon pauvre sort. Oui je me l’a joue Drama-queen, et alors ? Des recommandations ? Non, c’est bien ce que je pensais… 

-         Et comme Scott m’a gentiment averti par SMS  du fait que tu te comportes comme une vraie larve depuis quelques jours déjà, j’ajoute : Bouge-toi le cul !

  Petit silence au bout de la ligne. Je souffle pour chasser les mèches de cheveux qui viennent de s’éparpiller devant mes yeux. J’inspire un bon coup et réponds :

-         Ouais… Je vais faire ça, compte sur moi ! Ma mauvaise passe est…

   Il ne me laisse même pas le temps de finir ma phrase, qu’il enchaine déjà en ordonnant :

-         Bouge ! Et plus vite que ça, bon sang !

  Puis il raccroche. Je reste scotché pendant quelques minutes à fixer mon écran de téléphone. J’en viens même à me demander si cette conversation à vraiment eu lieu. Le monde ne tourne plus rond ou quoi ? Mason ne m’a jamais parlé sur ce ton… Je veux bien que son coup de fil avait pour but de me servir de coup de pied au cul, mais quand même !

  En fait, j’essayais de prétendre être calme jusqu’à maintenant, de prendre sur moi, de relativiser… Ce qui est loin d’être le cas. Je suis en flippe total, putain ! Comment est-ce que j’ai pu me laisser aller à ce point et pendant autant de temps ? Bon ok, je me doute que pour vous deux jours ça ne représente pas grand-chose, mais pour moi si ! J’ai fait une entorse à mon planning, j’ai sauté mon rendez-vous à la salle de sport. Bon dieu ! Je suis fichu… Mon coach sportif va me faire souffrir le martyre !

   Il faut que j’appel Brittany, avec son aide je n’aurais pas d’autre choix que celui de me reprendre en main. Ouais, c’est de mon amie tyrannique dont j’ai le plus besoin actuellement. Je parcours rapidement ma liste de favoris et compose son numéro. Je souris quand elle répond à la seconde sonnerie :

-          Hey Bébé, What’s up ? (Quoi de neuf ?)

-         Je suis face à un putain de Code rouge !

  Petit blanc à l’autre bout du fil, je patiente gentiment et finis par entendre Brittany faire claquer sa langue.

-         Code rouge ? Tu as besoin qu’on aille faire les boutiques ?

  Je lève les yeux au ciel et me donne une petite tape sur le front, dépité.

-         Non ma chérie, le shopping c’est un code rose. Code rouge c’est intervention sportive imminente ! Il faut que je traine mon cul jusqu’à une salle de sport.

-         Ah oui c’est vrai, suis-je bête !

  Elle glousse maintenant. Je me retiens difficilement… Très difficilement, de lui dire de garder son sérieux cinq minutes. Brittany est quelqu’un qu’il faut caresser dans le sens du poil, si on veut en obtenir quelque chose. Je prends donc mon mal en patience, et comme rien ne vient je déclare d’une voix lasse :

-         Et là, c’est le moment où tout naturellement tu proposes de m’accompagner.

-         Hum…

  Elle se racle la gorge, signe qu’elle retient un nouvel éclat de rire. Je souris un peu, elle fait des efforts pour ne pas m’énerver plus que je ne le suis déjà, c’est cool. Elle dit alors joyeusement :

-         Tu sais très bien que je suis toujours partante pour mater du beau male en sueur ! Je me change et je te bip quand je suis en bas de ton immeuble… Bouge-toi le cul chéri !

  Et elle raccroche. Ça va faire deux fois en moins d’une demi-heure qu’on me raccroche au nez. Je vais péter un câble. Sérieusement ?! Ma petite voix se manifeste, m’énervant d’autant plus : « tant qu’il n’y a pas trop de fumée sur ton crâne, il y a de l’espoir… ».  Je me frapperai bien moi-même, mais ça serait dommage d’abimer mon si beau visage.

  Je me lève donc et quitte mon lit, sans m’emmêler dans les couvertures (héhé je suis trop fort !), et me dirige d’un pas vif vers mon dressing. Je sais ce que vous allez dire… Il n’est pas nécessaire de s’apprêter correctement pour se rendre à la salle de sport. Or c’est là que vous vous trompez ! C’est capital !

  Les gens s’arrêtent souvent à la première impression que vous leur faites quand vous les rencontrer. Et qui sais, peut-être est-ce dans une salle de sport et en étant plein de sueur que vous allez rencontrer votre âme sœur ? Alors soyez prêt et soignez  un minimum votre apparence ! C’est ce que je fais… Enfin l’autre raison, et que j’aime que tous les regards se braquent sur moi, alors je fais très attention quant au choix d’une tenue adéquate. Logique, non ?

   Bref, passons ! Il faut que j’arrête ce genre de divagations intempestives, parce que sinon je ne serais pas prêt à temps pour rejoindre Britt. J’enfile rapidement un t-shirt ample et noir qui laisse apparaitre une bonne partie de mon ventre plat, de nombreuses femmes l’envie mon petit bidon d’ailleurs… J’aime susciter l’envie et la jalousie des gens, je pense que vous l’aurez compris. A ceci, j’ajoute un short moulant mettant bien en avant mes atouts, entendez mes fesses galbées et un panier plutôt bien fourni sur le devant. Panier que je remets d’ailleurs en place d’un geste peu classieux, oui ça m’arrive, je suis un homme après tout.

  Je fulmine à l’idée de devoir enfiler mes baskets de sports, achetées uniquement pour mes cours à la salle de gym, parce que bien qu’elles soient très confortables… Elles sont hideuses ! Je dois me faire violence pour les enfiler et nouer mes lacets en un temps record. Car oui, maintenant que la tenue est officiellement achevée, il est temps pour moi de passer à la salle de bain pour me rafraichir un coup et me coiffer.

  Je m’empare de mon sac, de mon téléphone et d’une serviette de bain pour après la séance et me dirige d’un pas conquérant vers la salle de bain. A peine ai-je mis un pied en dehors de ma chambre qu’un café est pointé sous mon nez. Je souris et m’en empare joyeusement, laissant échapper un soupir de contentement tandis que j’avale une première gorgée. Le café c’est la vie !

-         Merci mon Scotty chéri, je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

-         Pas grand-chose.

  Il m’adresse un clin d’œil et me donne une petite tape sur les fesses avant d’ajouter d’un ton railleur :

-         Hop file à la salle de bain, il ne te reste plus beaucoup de temps. Remue moi ce joli popotin et active toi !

  Je fais un arrêt sur image, j’ai comme une impression de déjà vu ! Ils se sont filés le mot pour me rabâcher cette phrase à longueur de journée ou quoi ? Les salauds, c’est un véritable complot ! Ils vont me le payer… Plus tard, je dois m’activer là !

-         Laisse mon popotin en paix, jeune homme.

 Je souris et lui bise rapidement la joue avant de m’enfermer dans la salle de bain. Je pose mon café sur le rebord du lavabo, je le terminerai plus tard Scotty à prévu le coup puisqu’il est servi dans une tasse jetable.

  Après un coup d’œil au miroir, je me dépêche de me laver le visage avec de l’eau et un peu de savon. Satisfait, j’essuie tout ça et m’applique de l’anticerne sous les yeux. Puis rajoute une couche de fond de teint, très minime pour éviter que ma peau ne brille trop quand je serais en sueur. J’applique ensuite un peu de fard à paupières couleur chair et le tour est joué. Je me brosse rapidement les dents et m’attaque à mes cheveux.

  Rien de très compliqué, je les démêle, lisse les pointes, les attache en une queue de cheval et appose un bandeau sur mon front. Hop je suis paré… Et juste à temps puisque la sonnette de l’appartement choisit ce moment pour résonner.

  Brittany est là, je m’empare rapidement des dernières affaires, récupère mon café et sors en quatrième vitesse de la salle de bain. Je hurle à m’en éclater les poumons :

-         A plus tard Scott, sois sage !

  Pour toute réponse j’entends par-dessus le son de la télé, son ricanement. Je soupir de dépit, récupère mes clefs et quitte enfin l’appartement. Je privilégie la cage d’escalier plutôt que l’ascenseur, me disant que ça fera un début d’échauffement. Sortant de l’immeuble, je retrouve une Brittany affalée contre le mur et baillant tout son saoul. Elle me repère et sourit :

-         Pff, ça fait des heures que je t’attends !

-         Arrête de dire des conneries et allons-y.

  Je me dirige vers elle, et l’entraine de force en direction de la salle de sport. Nous y entrons bras-dessus, bras-dessous, le sourire aux lèvres. Camille, la gentille dame de l’accueil m’adresse un sourire éblouissant comme à chaque fois qu’elle me voit. Je lui souris en retour et lui demande si Derek, mon coach habituel, est disponible pour un cours de dernière minute. Brittany garde le silence, les yeux déjà braqué sur les hommes en sueur. Je la comprends, il y a du potentiel aujourd’hui…

-         Désolé Ivy, il est en maladie il s’est froissé un muscle. Par contre, je peux te mettre avec son remplaçant, il est libre pour l’heure qui vient.

  Je fais un peu la moue, contrarié, Derek fait partie de ma petite routine hebdomadaire… Mais bon soit, essayons.  

-         J’espère qu’il reviendra vite et que ça n’est pas trop grave… Et ok pour le cours avec le remplaçant.

-         Je te l’appel tout de suite.

  J’attends sagement accoudé contre le comptoir. Je me demande comment ça va se dérouler aujourd’hui et à quoi il peut bien ressembler. C’est toujours gênant quand un coach m’explique un geste et qu’il est bandant à souhait… Je n’ai pas à attendre longtemps pour en savoir plus. Une grande main se pose sur mon épaule, je sursaute.

-         C’est toi, Ivy ?

  Je me retourne tout en répondant :

-         Oui c’est… Moi…

  J’en reste comme deux ronds de flanc, ne pouvant m’empêcher de bégayer sous l’effet de la surprise. Oh bon sang ! Il me suffit juste de croiser si son beau regard pour me rappeler où j’ai déjà vu ce type. C’est celui de la ruelle, mon sauveur ! No way… 

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20/07/2014

Chapitre 2

 

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  Je crois que je m’étais endormi durant le massage, il faut dire que Scott sait comment s’y prendre pour m’envoyer sur orbite. Bon dieu, ses mains sont une véritable œuvre d’art ! Bref, je m’égare… Je disais donc, que j’avais sans doute sombré dans une phase de demi-sommeil, puisque je n’ai pas entendu Scott m’appeler la première fois. Ce qui m’a valu, vous vous en doutez surement, de me faire secouer comme un vieux prunier.

  Bien sur je ne me suis pas laissé faire ! J’ai rué comme un beau diable en réponse à ses secousses et me suis retourné en quatrième vitesse avant de me jeter sur lui de tout mon poids. Surpris de ma propre force, j’ai froncé les sourcils en constatant que je venais de lui couper le souffle… J’ai alors fait lentement couler mon corps contre le sien de manière à ce que nos regards se croisent. Il m’e sourit tandis que je lui caressais la joue du bout des doigts.

  Je lui souris donc en retour, c’est dans ce genre de moment que je me sens entièrement vivant. Voir briller dans son regard toute l’admiration et l’affection que Scott me porte… Ca me donne des ailes. Il tousse doucement, ce qui me fait prendre conscience que je n’ai pas bougé d’un pouce. Je dépose un baiser sur son front et dis alors :

-         Je m’excuse d’avoir user de mes techniques de samouraï pour te mettre à terre… Mais tu as fauté en me secouant tel un vulgaire prunier, mon petit scarabée. Je me devais donc de te donner une bonne leçon.

  Pendant un moment Scott ne fait que m’observer, puis il éclate de rire… Pour tout dire il rit tellement qu’il se plie en deux, ce qui à pour résultat de me faire valser et d’atterrir le cul par terre.  Scott se rendant compte de cet état de fait, écarquille les yeux et se met une main devant la bouche tout en laissant échapper un :

-         Oh merde…

   Et tout ça avant que son hilarité ne redouble encore. Et à mesure que son hilarité gagne en intensité, c’est ma colère qui atteint un nouveau palier. Je ne suis pas vraiment énervé contre Scotty, je déteste juste purement et simplement qu’on ri à mes dépends. Pourquoi ? Je dirais que c’est parce que ça me rappel les moqueries que j’ai dû affronter durant mon enfance… Passons, je ne voudrais pas ruiner l’ambiance. Le passé c’est le passé !

  Je me redresse comme je peux en essayant de rester digne et de ne pas m’emmêler les pieds dans quelque chose. Je fais mine de m’épousseter rageusement avant de me redresser et de me tenir bien droit. Posant ma main sur ma hanche droite, je pointe un doigt rageur en direction de mon soit disant meilleur ami :

-         Scott ! Arrête de te foutre de moi ! Tout de suite !

  Il parvient miraculeusement à s’arrêter de rire comme un gros débile, pour me répondre :

-         Sinon quoi ?

-         Sinon je hurle à t’en faire péter les tympans. Et je…

  A vrai dire je n’ai même pas le temps de proférer d’autres menaces bien plus effrayantes, que déjà il m’offre sa reddition sur un plateau. Eh ouais, c’est ça de mener son petit monde à la baguette. Une seule petite menace, et tout le monde tremble d’effroi. Ma petite voix interne choisit ce moment de jubilation extrême, pour s’exprimer d’un air sadique en scandant un terrible : « Mouahahahaha !!! »

  Scott se redresse et se tient correctement sur le canapé, il lève les mains en l’air signe qu’il abandonne le combat. Je m’en réjouis, c’est tellement facile… Faut dire que je peux comprendre Scotty, il est l’un des seuls à se frotter aussi souvent à mon côté peau de vache sans prendre la fuite. Ce sont sans doute ses techniques de replis qui lui permettent de ne pas perdre le nord pendant mes crises d’enfant terrible.

  Car oui je l’avoue, je sais que dans ces moments là j’agis comme un enfant pourri gâté pour parvenir à mes fins… Je ne m’en cache pas ! C’est peut être ça qui fait flipper Scotty, le fait que j’en sois conscient et que je m’en serve à ses dépens. Ça peut être une bonne théorie ça tiens, un jour je lui en parlerais.

  Vous aussi vous avez du mal à vous y retrouver quand mes pensées s’emballent de la sorte ? Merci ça me rassure, je commençais à me sentir bien seul ! Revenons-en à nos moutons. Je croise le regard de mon ami, il essaye du mieux qu’il peut de rester sérieux. Pour cette fois, et cette fois seulement, je laisse couler :

-         Alors Scott, tu vas me dire pourquoi tu t’es amusé à me secouer ?

-         Tu ne répondais pas quand je t’appelais… Je me suis inquiété !

  Il essaye de prendre un de ses airs innocents, mais je ne suis pas dupe pour un sous. Je fais claquer ma langue et me passe une main dans mes cheveux les balayant ainsi en arrière d’un geste ravageur.

-         Je ne te crois pas une seule seconde ! Mais soit, passons… Qu’est ce que tu voulais ?

-         Je…

  Je fonce droit sur lui et pose mes deux mains sur sa bouche pour l’empêcher de continuer. Il me questionne du regard, je reprends donc :

-         STOP ! Je reformule ma question. Qu’est ce qui t’a détourné du splendide massage que tu me faisais ?

  Il ricane et me fait comprendre que si je ne bouge pas mes mains de là où elles se trouvent, il ne pourra pas répondre. Je le relâche donc doucement, il dit :

-         J’ai pensé que tu avais assez fait ta larve depuis deux jours. Je voulais te dire de foncer sous la douche et de te préparer.

  Je fronce les sourcils, ne voyant pas vraiment où il veut en venir. Je suis assez d’accord sur le fait qu’il faut que j’arrête de rester cloitrer dans l’appartement… Mais il a arrêté son massage sans mon consentement merde ! J’ai le droit de bouder, au moins un peu, non ? En vérité, même si vous n’êtes pas d’accord, ça ne m’empêchera pas de bouder.

-         Et pourquoi est-ce que je me préparerais ?

-         Parce que je vais te payer un bon café au Starbucks du coin ! C’est une bonne raison pour bouger ton popotin de princesse, non ?

  Je m’assois sur l’accoudoir du canapé et fait mine de réfléchir sérieusement à sa proposition.  Je tapote mes doigts sur mon menton et contemple l’horloge murale de notre salon. Je ne voudrais pas accepter trop rapidement cette proposition, je dois d’abord  faire peser le pour et le contre… Enfin pas vraiment, je replonge juste à merveille dans mon rôle de Diva chieuse à ses heures perdues.

  Scotty patiente bien sagement en se callant confortablement dans le canapé. Je me laisse glisser jusqu’à ce que j’atterrisse sur ses genoux. Je souris en constatant qu’il referme machinalement ses mains dans mon dos. Je pointe un doigt sur sa poitrine et appuie légèrement pour parachever mon effet. Je prends un air sérieux quand je dis :

-         Peut être que je vais accepter… On va dire que ça ne peut pas me faire de mal, encore moins si c’est toi qui régale.

  Il lève les yeux au ciel. Ben quoi ? Je ne vois pas ce que j’ai dit de mal… Bref, il consent à croiser mon regard à nouveau, m’invitant à poursuivre d’un signe de la tête :

-         Mais… Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as arrêté le massage…

  Et c’est à ce moment bien précis, qu’Ivy la diva entre en scène. Je fais ma bouche en cul de poule, comme dirait Brittany, et fait exagérément trembloter ma lèvre du bas. A tout ceci vient s’ajouter un regard de chien battu, presque larmoyant ! Quand je vous dis que je suis un véritable acteur.

  Scott se penche vers moi, nos visages sont si  prêts que nos souffles se mêlent. Encore un peu et nos lèvres se toucheraient… Je ne peux détourner mon regard du sien. J’éprouve même comme une certaine gêne face à cette situation, ce qui est ridicule… C’est mon Scotty en face de moi bon sang ! Ma petite voix me fou une claque mentale en disant « Reprends-toi ! Tu n’es plus un adolescent aux prises avec ses hormones ! ».  Elle n’a pas tord… Mais ce qu’elle oublie c’est que ça va faire deux soirées que je rentre bredouille sans avoir trouvé un vrai… Soulagement. Si vous voyez où je veux en venir.

  Scott m’assène une légère pichenette sur le front. Je m’apprête à râler une fois de plus, je sais si bien le faire… Pourquoi je m’en priverais ? Mais il me surprend en disant :

-         C’est fou, je peux presque suivre le cours de tes pensées en croisant ton regard…

  Troublé, je ne peux m’empêcher de dire une connerie pour détourner le cours de la discussion :

-         Tu te prends pour un médium maintenant ? Je pensais à quoi alors ?

-         Facile. Des trucs salaces !

  Il rit devant mon air abasourdi… C’est que ça me ficherait presque les chocottes, puisqu’en effet c’était en ce sens que mes pensées filaient. Merde, il me connait trop ! Il pose une main sur mon avant bras et dit tout sourire :

-         Je ne sais pas si je suis vraiment médium… Je sais juste que tu penses à des trucs salaces les trois quarts du temps, pour ne pas dire tout le temps !

  Il m’adresse un clin d’œil. Je ne peux m’empêcher de lui donner une tape sur le torse. On rit tout les deux du tournant qu’a prise la conversation. C’est dingue ! On ne peut pas nous laisser seuls, on s’égare tellement dans une seule discussion qu’on n’avance pas. On va finir nos jours sur ce canapé, ça nous pend au nez !

  Scott est celui qui reprend son sérieux le premier. Il passe amicalement une main dans mes cheveux et demande :

-         Alors ça te convient comme programme ?

-         Hum… Je ne sais pas trop. C’est que je dois y réfléchir, j’ai un emploi du temps terrible en ce moment…

  Et là, il abat son dernier argument, celui que je ne peux pas refuser ! Il est fort, très fort, je dois bien le reconnaitre. Il serait presque aussi fort que moi à ce jeu qu’est la manipulation… J’ai dit presque hein ! Et ne vous inquiétez pas pour mes chevilles, elles vont bien, elles ont l’habitude.

-         Si tu acceptes de sortir prendre un peu l’air avec moi… Je continuerai mon massage ce soir, et je ferais ça bien… Huile parfumée et tout et tout.

  L’entendre évoquer cela ferait presque naitre des étincelles dans mes yeux. J’aime quand Scotty est au petit soin avec moi. J’ai l’impression d’être la personne la plus importante du monde à ces yeux dans ces moments là. La réciproque étant vraie également, il est la personne la plus importante à mes yeux. Et prendre en compte la réciproque de mes sentiments, ça emplie mon cœur de joie… STOP ! Moment chamallows et autres trucs mielleux terminé, je ne voudrais pas avoir de carries…

-         Ok ! J’accepte ! Mais seulement si on s’assoit à ma table préférée et que tu commandes pour moi mon café préféré….

Je fais durer le suspens, il sourit et nous poursuivons à l’unisson en disant :

-         Un frappuccino vanille !

-         Le contraire m’aurait étonné. Eh bien j’ai cru que tu ne le ferais jamais. Tu es sacrément dur en affaire babe !

 Il sourit et passe le plus délicatement possible une main dans ma nuque. C’est qu’elle est encore raide suite au mauvais traitement qu’elle a enduré… Ce qui me rappel que j’ai encore pas mal d’hématome à masquer. Ça m’en saperait presque mon moral tiens… Scott doit comprendre ce que son geste à amener comme pensée en moi car il dit :

-         Ne t’en fait pas, ça se voit à peine. Et même avec ces quelques bleus tu restes magnifique ! Cela te donne un petit côté rebelle totalement irrésistible !

  Il ponctue son aveu d’un tendre baiser dans mon cou, qui achève de me faire fondre. Que répondre à cela ? Et bien, je prends son visage entre mes mains et dépose un rapide baiser lourd de sens sur ses lèvres. Il sourit, et en me pinçant légèrement la cuisse demande :

-         C’était pourquoi ce baiser-là ? C’est quoi cette fois-ci ton excuse pour profiter de moi ?!

  Je lui donne une tape sur l’arrière de la tête et bougonne face à son manque de savoir vivre. Je soupire :

-         Tu viens de gâcher un superbe moment ! Ne peux tu pas rester sérieux au moins deux minutes ?

-         Et c’est toi qui dis ça ?

  Il n’a pas tord pour le coup… Mais là, il vient vraiment de bousiller un moment chargé en émotion positive. J’essaye de ne pas en prendre compte et de reprendre mon sérieux, même si du coup l’ambiance n’y est plus vraiment.

-         C’était pour te remercier. De tout ce que tu fais pour moi… En particulier ces deux derniers jours.

-         C’est normal, babe.

  Je hausse les épaules. Pour moi ce n’est pas forcément un comportement normal, puisque peu de gens agiraient comme lui le fait avec moi. Je suis bien conscient de la chance que j’ai d’avoir un homme tel que lui dans ma vie. Et je me prends souvent à rêver que la personne qui partagera ma vie fera au moins moitié aussi bien que lui attention à moi.

-         Trêve de blabla, je dois aller me préparer !

  Je me redresse d’un bond et me dirige vers la salle de bain. J’ai à peine fait deux pas qu’une petite claque m’est distribuée sur les fesses. Je regarde par-dessus mon épaule pour croiser le regard canaille de mon Scotty. Il dit :

-         Et ne mets pas une heure à le faire ! Je n’ai pas toute la journée moi…

-         C’est promis. Je fais vite.

  Je vais vous épargnez le gros des détails. Sachez juste que je n’ai pas tenu ma promesse. J’ai prit un temps fou avant de me décider sur quoi porter ! Ce qui en un sens me réconforte, puisque ça veut dire que je remonte la pente et retrouve de ma superbe.

  Attention les gens, Ivy is back ! Et ça va faire mal.

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17/07/2014

Chapitre 13

  

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   Je soupire de dépit et me passe une main dans les cheveux. Il n’aura pas fallu longtemps à Courtney pour tout raconter à ma mère. Je sers tellement mon téléphone que je l’entends grincer. Il faut que je me calme à tout prix, ce qui je pense est peine perdue… Ma mère n’a pas encore prononcé le moindre mot, que je ne me contrôle déjà plus correctement.

  Andrew pose une main sur mon épaule et d’une légère pression nous écarte de devant l’hôpital. Je comprends qu’ainsi il me préserve un peu d’intimité si j’en venais à piquer la crise de nerf qui afflue en moi. Je le remercie d’un signe du menton et écarte le portable de mon oreille quand j’entends la voix nasillarde de ma mère dire :

-       Bastian, bon sang mais qu’est-ce qui te prends ?!

  Je ne peux m’empêcher de répondre d’un ton cassant et ô combien sarcastique :

-       Oh arrête de te moquer de moi, comme si ce que je fais de mes journées t’intéresse ! Tu n’en as qu’après l’image de la famille… Ce qui est dur à croire puisque tu ne sais pas ce qu’est une famille !

-       Je te prierais de bien vouloir changer de ton jeune homme !

-       Sinon quoi ? Tu vas me donner une gifle devant tout le monde comme tu l’as si souvent fait ?

  Moment de silence de l’autre bout du fil. Je crois que c’est une grande première, ma mère ne sait pas quoi répondre ! Mes mots ont certes dépassé ma pensée, je ne voulais pas aborder ce sujet et m’enliser dans cette dispute, toutefois je ne les regrette pas. Je prends à vrai dire un malin plaisir à lui rappeler toutes les horreurs qu’elle nous aura fait subir durant notre enfance, et à Cody tout particulièrement.

  J’inspire un bon coup, et je ne sais pas pourquoi mais je demande au lieu de raccrocher pendant qu’il en était encore temps :

-       Pourquoi est-ce que tu m’appel à une heure aussi tardive ?

-       J’ai entendu dire que tu t’étais fourré dans un sacré pétrin.

-       Tu as « entendu » ? Arrête voir deux minutes ! Je sais que Courtney vient de te passer un coup de fil !

  Andrew qui faisait jusqu’alors mine de ne pas écouter la conversation, me regarde avec les yeux écarquillés. Et oui mon grand, ma mère a embobiné mon ex pour la mettre à sa solde… C’est si surprenant que ça ? Je me passe à nouveau une main dans les cheveux, je suis si énervé que j’ai décroché de la conversation.

  Tout ce que je sais c’est que la voix de ma mère monte dans les aigus, ce qui prouve que son taux de colère grimpe de façon crescendo une fois de plus. Je hurle presque pour l’interrompre au moment où elle dit que je vais gâcher ma vie pour une simple aventure.

-       La ferme maman ! Ne t’aventure surtout pas sur ce terrain !

-       Bastian Marchal, je te somme de m’écouter !

  Je grimace en prenant conscience de là où elle a réussit à amener la conversation. Une fois de plus et sans même m’en rendre compte, j’ai été manipulé. Ma main blessée me rappel à mon bon souvenir tandis que je sers le poing plus que de raison. Je grogne de dépit et poursuit, lui coupant la parole :

-       Arrête maman ! Je sais ce que je fais, je ne vais pas gâcher ma vie comme tu le penses… Au contraire, vivre de mes propres décisions m’est grandement bénéfique ! Je suis à des lieux de te ressembler et ça me met du baume au cœur de m’en rendre compte !

-       A des lieux de me ressembler ? Ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre, puisque comme moi tu vas être parent très jeune !

-       Que…

  La dernière révélation de ma mère me laisse comme deux ronds de flanc. Je pâlis rien qu’en me rendant compte qu’elle est au courant de la grossesse de Mia. Andrew se rapproche légèrement de moi, m’interrogeant du regard. Je fais signe que ça va, même si je pense le contraire.

  Comment est-elle au courant ? Courtney n’a rien pu lui dire, elle ne connait pas la raison de ma venue au bar… Je viens de l’apprendre, Andrew aussi, mon jumeau devait être une des seules personnes à s’en être douté… Et je sais que ce n’est pas lui qui est allé le raconter à ma mère. Alors comment est ce qu’elle sait bordel ?! Et pourquoi le fait qu’elle sache m’énerve autant ?

  Bienveillante comme elle est, elle s’est assurée de laisser trainer un blanc entre nous de telle façon à ce que je cogite. Je devrais penser à la remercier pour son bon sang… Je ne peux m’empêcher de dire :

-       En quoi est-ce que ça te regarde ? Et puis comment es-tu au courant de ça ?!

-       Voyons mon chéri…

  L’entendre m’appeler comme ça me file un haut le cœur. Ça ne devrait pas être comme ça entre une mère et son enfant, mais les évènements étant ce qu’ils sont, elle ne m’inspire désormais plus que du dégout. Et peut être aussi de la haine… Ouais de la haine aussi, surtout quand elle finit par avouer.

-       Tu sais très bien qu’avec de l’argent on peut s’assurer de la loyauté de n’importe qui… Le médecin généraliste de ta petite amie par exemple.

  Je suis comme blasé en entendant cela, je la reconnais bien là… A manipuler tout ce qui l’entoure pour s’assurer que rien ne vienne ternir l’image de la dynastie Marchal…  

  Je prends alors conscience d’une chose, jamais je n’agirais de la sorte avec mon bébé. C’est tout bonnement impossible pour moi de concevoir une telle chose. Le jour ou mon enfant viendra au monde, je sais que je l’aimerai plus que tout et ferai de lui le point de mire de mon univers… Jamais je ne pourrais même ne serait-ce que songer à lui faire du mal.

  Et là  je me prends le revers de mes actions de la soirée en plein visage. Le bébé n’est même pas encore né, que déjà j’agis comme un crétin. Au fond ma mère n’a pas vraiment tord, il y a de fortes chances pour que je finisse par lui ressembler, même sans le vouloir. Un petit coup donné contre mon épaule me replace dans la réalité, je lève la tête et croise le regard inquiet d’Andrew. Il me demande :

-       Hé mec, ça va ?

-       Je ne…

  Je n’ai à vrai dire pas le temps de terminer ma phrase. Ma mère hurle dans le combiné de téléphone à qui veut l’entendre que je suis irresponsable, que je ne prends pas en compte l’ampleur de la catastrophe à venir si cet enfant devait venir au monde. Cette dernière phrase me fait totalement péter les plombs.

  Je m’écarte de Drew de quelques pas, prend le téléphone dans ma main droite faisant fi de ma douleur. J’inspire un bon coup et déclare d’une traite :

-       Je t’arrête tout de suite ! Ce n’est pas « si », c’est « quand » ce bébé viendra au monde. Je vais prendre mes responsabilités auprès de cet enfant que ça te plaise ou non ! De toute manière ça ne te regarde en rien. Si tu arrives prétendre décider du choix de vie ou de mort sur mon bébé… Je ne te considère plus comme ma mère, tu es simplement celle qui nous a porté mon frère et moi pendant sept mois. Je ne veux plus jamais rien avoir à faire avec toi, à partir de maintenant. Bye Ellen !

  Et je raccroche le téléphone sans plus de cérémonie. Je me rends alors compte que je suis à bout de souffle, tremblant et que ma vue en vient à se brouiller. Merde, est-ce que je suis en train de pleurer ? Je crois que mes nerfs ont totalement lâchés pour ce soir… 

  Je n’ai pas le temps d’essayer de réfléchir plus avant à la situation face à laquelle je me trouve, que déjà des bras se referment autour de moi. Je ne cherche pas à comprendre, je m’y accroche comme à une bouée de sauvetage. On me sert en retour, sans dire le moindre mot, et je comprends alors que c’est tout ce dont j’ai besoin. Je consens à poser mon front contre cette épaule bienveillante et à me laisser aller.

  Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je ne peux m’empêcher de dire tout haut :

-       Comment se fait-il qu’elle soit aussi insensible ?

-       Je ne sais pas Bastian.

  C’est tout ce qu’Andrew trouve à répondre. Et je dois dire que je ne sais pas qu’elle autre réponse il aurait pu me donner. Je crois qu’il n’y a rien à comprendre. Ma mère est une femme sans cœur dont la dernière étincelle ne brille que pour la reconnaissance et l’argent. Les choses matérielles ont remplacé l’amour et autre sentiment. Il n’y a plus rien à tirer de cette femme.

  Malgré tout ce qu’elle nous avait fait subir jusqu’alors, et particulièrement l’année dernière avec Cody… Je me rattachais au fol espoir que tout n’était pas perdu, et qu’un jour peut être on finirait par retrouver la Ellen dont notre père et tomber amoureux. Or ce soir j’ai prit la pleine mesure des choses, elle ne changera pas. Jamais. Et ça fait énormément de mal que de s’en rendre compte.

  Je parviens non sans mal à reprendre le dessus sur mes émotions. Je me passe une main sur le visage pour balayer toute trace de larmes et inspire un bon coup. Je m’écarte d’Andrew, trouvant que la situation devient gênante. C’est quand même dans les bras du mec de mon frère que je viens de me jeter… Dis comme ça c’est vrai que c’est bizarre, bref.

  Je me sens obligé de m’excuser pour tout ceci, ne sachant pas si je m’excuse pour ce petit égarement ou pour toutes les décisions que j’ai prises cette nuit et qui ont amené à cette situation. C’est sans doute un peu des deux.

-       Désolé Drew…

-       Oh c’est bon ça va. On est tous humain, ça peut arriver à n’importe qui de craquer. Et au vu de la situation dans laquelle tu te trouves ça peut se comprendre.

-       C’est moi qui a fait empirer les choses… Si je n’étais pas parti de l’appart comme un crétin, tout ceci ne serait pas arrivé…

  Je fais un geste de la main englobant l’hôpital, mon bandage et le téléphone. Il lève les yeux au ciel, sa bouche commence à s’étirer pour finir en un véritable sourire :

-       Ecoute… ça peut arriver à tout le monde de flipper…

  Il laisse s’écouler une petite pause, son air canaille reprend le dessus et ne me dis rien qui vaille. Il faut que je m’attende au pire, surtout avec lui et sa manie de me caresser à rebrousse poil à la moindre occasion. Au début je dois dire que j’avais du mal à l’accepter, maintenant je suis bien conscient et heureux de pouvoir le considérer comme appartenant à ma famille.

  Il nous est bénéfique pour tout un tas de chose, et pas seulement pour avoir redonner le sourire à mon jumeau. La preuve étant que ce soir, il est parvenu à me faire entendre raison avant qu’il ne soit trop tard. Bien sur je ne suis pas prêt de l’avouer à voix haute, même pas sous la torture, ça lui ferait trop plaisir. Il poursuit en rejetant ses longs cheveux en arrière :

-       Mais il est vrai que tu as grave merdé ce soir… De plus, si c’était juste pour te jeter dans mes bras, tu aurais pu demander… ça pourrait être vraiment intéressant toi, moi, ton frère dans une même…

-       Tais-toi !

  Je m’empresse de plaquer mes mains contre sa bouche avant qu’il n’aille plus loin. Le salaud ! Encore une fois il aura fallu qu’il me fiche une image atroce dans ma boite crânienne… Il a l’imagination débordante celui-là ! Il est malade ou quoi ? Un treesome… Bon sang, si Cody savait que l’espace d’une seconde cette image m’a traversée la tête, il me tuerait ! Bref, il faut que je redevienne sérieux après tout la situation est loin d’être arrangée.

  Je me pose dos au mur et lève les yeux au ciel, espérant vainement y trouver des réponses. Bon sang, comment est ce que je vais faite pour arranger les choses ? Je n’ose pas imaginer dans quel état doit se trouver ma Mia à l’heure qu’il est… Je m’en veux terriblement. Je me sens misérable de lui avoir infligé ça. Je soupire et reporte mon attention sur Andrew quand il dit :

-       La situation n’est pas aussi grave que tu le penses…

-       Ah non ? Tu crois ? Je suis parti sans rien dire, comme un imbécile alors qu’elle m’annonçait la peur au ventre sa grossesse… Je voyais bien dans son regard qu’elle avait peur que je la quitte, et c’est exactement ce que j’ai fait.

  Je m’apprête à donner un coup de poing rageur dans le mur derrière moi, fort heureusement Andrew m’arrête juste à temps. Il lève mon poignet bandé à hauteur de mes yeux et dit :

-       Je pense que tu as assez malmené ta main pour la soirée. Ecoute, je ne dis pas qu’elle te pardonnera tout de suite… Mais je sais qu’elle le fera. Elle est raide dingue de toi, ça se voit comme le nez au milieu de la figure…

-       Même si elle m’aime, ce que j’ai fait est impardonnable.

  Il pose une main sur mon épaule :

-       Ne dis pas n’importe quoi. C’était un moment de faiblesse. Et je suis certain que quand tu auras tout expliqué à Mia, elle comprendra…

-       Je ne sais pas.

  Il pose une main sous mon menton pour me forcer à croiser son regard, faut dire qu’il a presque une tête de plus que moi…

-       Ecoute Mia et moi savons qu’elle enfance vous avez vécu. On l’a accepté et on vous a choisit en sachant bien qu’à un moment ou un autre un quelconque traumatisme pouvait faire son apparition… Pour Cody qui est plus sensible c’était évident, toi tu es moins expressif, sans doute un peu plus fier aussi… Il n’empêche que tu as aussi ton lot de traumatismes, tu n’y peux rien c’est un fait. Et ils s’exprimeront comme bon leur chante, Mia le sait autant que moi je t’assure…

-       Mais non, je…

-       Arrête de te mentir à toi-même Bastian… Cesse de les combattre, acceptent les c’est la seule façon pour toi de t’en sortir.

  Je ne trouve plus rien à répondre à cela. Je baisse le regard et prends le temps de réfléchir à tout ce qu’il vient de me dire. En un sens je dois avouer qu’il a raison. Mais la partie de moi si fière et têtue ne peut admettre mes faiblesses. J’ai toujours du prétendre être fort pour protéger ceux qui comptait pour moi… C’est dur de devoir s’avouer que moi aussi je peux avoir besoin d’aide pour m’en sortir. Je ne suis pas habituer à me reposer sur les autres.

  Il me donne une petite tape dans le dos, et fait mine de contempler une montre qu’il ne porte pas, avant de dire :

-       Bon, je crois que notre petite balade nocturne a assez duré. Et si on rentrait ?

-       Ouais, rentrons… J’ai des excuses à présenter.

  Il hoche la tête et s’empare de son téléphone pour appeler un taxi. Finalement ce n’est pas plus mal qu’il soit venu à pied… Ainsi le retour prendra un peu plus de temps, ça me permettra de réorganiser mes pensées et de trouver quoi dire pour expliquer mon comportement à la femme que j’aime.

 Andrew semble comprendre que j’ai besoin d’un peu de temps avec moi-même pour réorganiser mes idées. Il s’éloigne de quelques pas, le portable toujours en main, et je comprends alors qu’il est sur le point de rassurer mon jumeau. C’est une bonne chose, je ne sais pas si j’aurai été capable d’appeler tout de suite, car il a raison… Je l’ai lui aussi placé dans une situation inconfortable, j’espère qu’il ne m’en voudra pas trop.

  Je ne peux concevoir de vivre une seule journée brouillé avec mon jumeau. C’est tout bonnement impossible. On a trop besoin l’un de l’autre pour se sentir vivre et exister. Mais s’il en venait à me faire la tête, je comprendrais, après tout c’est moi qui est merdé pour le coup.

  Je suis certain que mon Cody, poète à ses heures perdues, dirait en cet instant quelque chose du genre : « A trop vivre sous le feu des projecteurs, on finit par s’y brûler les ailes. »

  Et il aurait foutrement raison, au moindre faux pas on se prend un de ses revers en plein visage. Ce qui fait atrocement mal, puisqu’on n’en a pas l’habitude ! Je souris rien qu’à cette pensée et grimpe un peu plus rasséréné dans le taxi. Andrew suit de prêt et indique notre adresse au chauffeur. Je me cale confortablement dans mon siège et ramène mon poignet contre moi… maintenant que la colère est retombée, la douleur remonte à la surface.

  Je contemple ma main et les dégâts que je lui ai occasionnés. Quel con… Mes mains sont mon outil de travail, je dois y faire très attention ! J’ai de la chance que ça ne soit pas très grave. Surtout que j’ai entrainement très bientôt…

  Je ferme les yeux quelques instants, mes pensées tournées vers ma Mia et notre enfant à venir. Je sais que tout ne va pas être toujours rose, c’est difficile d’être parent si jeune je ne le nie pas, mais je ferais en sorte que les choses se passent au mieux. Il le faut.

  Quelques instants plus tard, le taxi ralentit et finit par s’arrêter. Drew croyant sans doute que je me suis endormie, pose une main sur mon épaule et me secoue doucement.

-       Bas, on est arrivé.

  Je hoche la tête et finit par me redresser. Enfin je m’empare de mon portefeuille et règle la note du taxi. On se retrouve tous les deux debout face à face sur le trottoir. Andrew indique les appartements d’un signe de tête et demande :

-       Tu es prêt à rentrer à la maison ?

-       Oui allons-y. Notre famille nous attend.